Création des CHU

En 1958, la réforme Debré va aboutir à la création des CHU.

Voici le texte que Jean Dausset, membre de l’Académie des sciences, 
professeur honoraire au Collège de France, 
prix Nobel de physiologie et de médecine, a rédigé en 2008 pour célébrer les 50 ans de cette réforme.

Porfesseur Debré

Le professeur Robert Debré © Roger-Viollet

Je suis très heureux, à l’occasion du 50e anniversaire de la création des CHU, de l’opportunité qui m’est donnée  de rafraîchir mes souvenirs et d’évoquer la belle aventure que j’ai vécue modestement, aux côtés de Robert Debré, avec joie et enthousiasme, celle de la réforme Debré puisqu’on l’appelle très justement ainsi. Son aboutissement, la création des CHU en 1958, fut un événement qui a permis à la médecine française de reprendre sa place dans le concert international.
 
À la sortie de la guerre, la France était couverte d’hôpitaux que seuls les plus pauvres utilisaient pour leurs soins et leurs derniers jours. Près de quatorze ministères et administrations s’occupaient de la santé et de l’hygiène. Il existait un abîme entre la médecine américaine, la recherche internationale et les hôpitaux de charité français : la situation de la santé en France imposait une transformation, ce fut l’objet de la réforme Debré.

On peut distinguer trois étapes : une étape d’initiation de 1955 à 1956, une étape d’élaboration de 1956 à 1958, et enfin une troisième étape de mise en application de 1958 à nos jours. Cette belle réalisation, nous devons en être reconnaissants à quatre grands hommes : le stade d’initiation, nous le devons à Pierre Mendès France ; le stade d’élaboration et de conception, à Robert Debré ; le stade de mise en application à Michel Debré et naturellement à Charles de Gaulle.
 
La phase d’initiation s’organisa autour d’un petit groupe de médecins réformateurs et mendésistes que j’avais réuni autour de moi. Notre petit groupe, sous la signature de Daniel Bouttier, avait proposé dès février 1956 une réforme de la médecine dans le journal du parti radical socialiste. Y étaient déjà recommandés le plein temps hospitalier, le couplage faculté-hôpital et l’institution d’une carrière de recherche, pour ne citer que quelques points fondamentaux. Le Front Républicain sortit vainqueur des urnes et Pierre Mendès France fut nommé ministre d’État, c’est-à-dire sans pouvoirs ; nous eûmes cependant la surprise de nous trouver parachutés dans les cabinets ministériels, atterrissant moi-même à l’Éducation nationale, accueilli par le ministre René Billières qui nous demanda de « faire de l’irréversible ».
 
Notre groupe de « jeunes turcs » réformateurs se sentait tout de même plutôt inexpérimenté face aux lobbies et aux situations acquises qu’il lui fallait affronter. Nous nous choisîmes alors un leader, un patron indiscutable et admirable de lucidité, Robert Debré, qui lui-même avait déjà présenté un programme de santé au Comité français de Libération à Alger.
 
La phase d’élaboration et de conception s’articula donc autour de Robert Debré à qui fut confiée la présidence d’une commission de réforme, le « Comité interministériel d’étude des problèmes de l’enseignement médical, de la structure hospitalière et de l’action sanitaire sociale » créé le 18 septembre 1956. Vous voyez dans le simple énoncé de ce titre l’immensité de la conception, mais aussi de la tâche qu’il s’était assignée. Dès lors nous vécûmes deux années de lutte et de contestation souvent très virulentes, mais de nombreuses réunions nocturnes au domicile de Monsieur Debré nous permirent d’élaborer progressivement les premiers textes de la réforme que nous imaginions. Ce fut Raymond Poignant, alors chef de cabinet de René Billières, mais aussi secrétaire du comité de réforme, qui rédigea, avec sa compétence et sa rigueur habituelles, le projet de loi présenté aux comités et instances ad hoc, lesquels donnèrent leur aval fin 1958.
 
La phase de mise en application commence avec le général de Gaulle qui, suite aux événements d’Alger, devint Président du Conseil avec les pleins pouvoirs. Michel Debré, le fils du professeur Robert Debré, était alors garde des Sceaux. Grâce aux fameuses ordonnances du général de Gaulle, certainement dûment informé par Michel et Robert Debré, le décret de loi fut signé le dernier jour de ses pouvoirs spéciaux, le 30 décembre 1958. De Gaulle, devenu Président de la République, nomma alors Michel Debré, Premier ministre. Il est probable que sans ce concours extraordinaire de circonstances, cette loi n’aurait eu aucune chance de passer à la Chambre des députés où sévissaient des lobbies médicaux très puissants. Le fils du professeur Debré s’appliqua à mettre en oeuvre rapidement les concepts du père, il le fit avec toute sa clairvoyance, toute son efficacité auxquelles nous devons rendre hommage. Progressivement l’évidence s’imposa, la réforme fut mise en place de façon souple et intelligente, la France se couvrant peu à peu de CHU à plein temps pourvus de l’outillage moderne. La réforme a permis un renouveau sensationnel de la médecine française avec l’entrée de la recherche dans les hôpitaux et un élan formidable pour toutes les investigations biologiques et scientifiques. Ce fut une véritable avancée et je ne ferai que citer la parole du Président Pompidou : « ce qui a été fait pour la médecine par la création des Centres Hospitaliers Universitaires et la réorganisation des études médicales représente une véritable RÉVOLUTION ».
 
Ceux de ma génération et des générations suivantes peuvent être reconnaissants à tous ces grands hommes de nous avoir permis de nous vouer depuis 50 ans à nos trois missions, l’enseignement, les soins et la recherche.

Texte extrait des archives de France

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Construction du bâtiment de la faculté de Saint-Antoine, vue de la rue de Chaligny

Inauguration du CHU par le général de Gaulle

Plan de construction de la faculté Saint-Antoine